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Face à l’amer….

03 Sep

enfant policier turcC’est la nuit. Une de ces douces nuits de fin d’été, où la chaleur se fait moins violente, moins suffocante, où la mer apporte cette  brise rafraîchissante, reposante qui aide à s’endormir,paisiblement…..

Je l’imagine chez lui, dans son lit, peut être auprès d’une compagne, ses enfants dormant dans une pièce voisine…..

Je l’imagine serein, heureux, malgré son métier de militaire, ou policier, ou secouriste…. Il en a tellement vu, il connaît tellement de choses de la nature humaine…

Il a dîné paisiblement, il a regardé ses enfants jouer, discuté avec sa compagne, s’est couché….

Il a trouvé le sommeil, facilement, aidé par cette douce moiteur, par cet air marin……

Il y a eu ces cris, lointains, difficilement repérables, identifiables, presque inaudibles….. Il ne les a pas entendus, il dormait. On est venu le chercher, le réveiller…

Alors avec les autres, il a mis cet uniforme, symbole de la civilisation, garant de la paix, et il est parti….

Alors avec les autres, il est arrivé, vite, très vite…. Trop tard…. Sur cette plage….

Ils en ont recueillis quelques-uns, trempés, transis, terrorisés, les yeux hagards, en train de chercher, de pleurer, même pas soulagés d’être arrivés….. Ils se sont tournés, le jour s’est levé, ils ont compris….

Là, sur ce sable humide, froid, ces débris, ces corps éparpillés…. Il en a déjà vu, il en a vu trop, il en a vu souvent. Là, sur ce sable humide, froid, ces petits corps, ces deux enfants…. Petits, si petits, trop petits…..

Il est là, à côté du plus petit, lui qui est grand, si grand, dans son bel uniforme, symbole de la civilisation…. Il ne peut bouger, il ne peut parler, il se sent seul, si seul. Impuissant…. Triste, terriblement triste, devant ce si petit corps. Il se baisse, et avec ses immenses bras, ses immenses mains, il prend cet enfant, l’entoure, comme s’il dormait, espérant un réveil, un sourire, un rire…..

Il se tourne, lentement, doucement, pour ne pas bousculer cet ange, et d’un pas lourd, si lourd, l’emporte, sans un brancard, sans un linceul, comme pour donner un dernier instant de vie à cet enfant….

Ce souffle ne reviendra pas, ne reviendra plus…. Il le sait, il baisse les yeux… Il imagine, il espère, mais ne sait que faire.

Ce soir il rentrera, chez lui. Il retrouvera sa femme, ses enfants. Il dînera avec eux, jouera avec eux, un peu plus tard, un peu plus attentif, un peu plus près…. Puis il embrassera leur mère, un peu plus tendrement, un peu plus près…

Il se couchera…..

Il va mal dormir, il le sait…. Les premières nuits seront difficiles, il le sait…..

Puis, peu à peu, la vie reprendra son cours…

Lui, acteur involontaire de ce cliché, retombera dans l’anonymat….

La photo de cet enfant si petit et de cet homme si grand restera comme un symbole, impuissance de l’individu seul face à cette barbarie. Vite, bien vite, trop vite, on ne saura plus de quoi, on ne saura plus pourquoi….

Il n’y aura plus de Tweet, de FaceBook, de premières pages….. 

Alors d’autres arriveront, mais la dramaturgie sera passée, terminée…. On s’habitue à tout, n’est-ce pas ?

Alors, certains regarderont le ciel, les étoiles, et imagineront que celle qui brille un peu plus tire son éclat du sourire de ces deux enfants partis si tôt, dans une belle nuit de fin d’été, dans une douce brise rafraîchissante, reposante….

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