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Ce bon chocolat chaud….

16 Jan

chocolat chaudJe m’appelle Léa. J’ai 5 ans. Mon Papa et ma Maman sont fâchés, on dit divorcés chez les grands…. Je vais à l’école, et j’ai plein de copains et de copines, c’est chouette. L’autre jour à la cantine, une dame habillée en police est venue me chercher. Elle était très gentille. Elle m’a ramenée chez ma Maman, et comme elle n’était pas là, on a été à son bureau de police pour l’attendre. J’avais faim, alors elle m’a apporté un sandwich et des bonbons, et on s’est promené jusqu’à que ma Maman arrive. Mes copains et mes copines ont eu peur : ils croyaient que j’allais en prison! Mais la maîtresse leur a expliqué que non. Là ça y est, je peux repartir à l’école, Monsieur le Maire est d’accord pour que j’y aille et que je retrouve mes amis à la cantine…

Urrugne, un petit village du Pays Basque, en 1983.

Sur la place du village, il y a la mairie, l’Église, et un grand bar-restaurant tenu par une Dame agée et sa famille. Cette Dame, de son prénom Gracieuse, tout le monde, des petits enfants aux personnes du même age qu’elle, dans le village et les villages alentour, l’appelle Amatxi (prononcez amatchie), ce qui veut dire Grand-Mère.

Tous les dimanches à 17 heures a lieu dans son bar-restaurant le tournoi local de jeu de cartes qui réunit tout le village, les jeunes, les vieux….. On s’habille en dimanche, on y fait la fête, parfois jusqu’au bout de la nuit. Et tout le monde passe à la table d’Amatxi pour la saluer, lui montrer son petit dernier, lui présenter ses hommages….Tous, même le maire, même le préfet, même le curé…. Tous!

Parmi les jeunes, il y a un garçon aux cheveux trop longs, aux bottes de voyou, qui vient de la ville, et qui vit une jolie histoire avec la plus jolie fille du village, Danielle. Tous sont jaloux, les vieux les regardent de travers, les parents montrent du doigt…

Et un jour Amatxi fait venir ces deux jeunes à sa table, et leur fait son chocolat chaud à elle, devant tout le monde, aux yeux de tous. Danielle le lui fait remarquer, et la Vieille Dame lui répond qu’au Pays Basque, on a le sens de l’hospitalité et de la justice. Régulièrement, ces deux jeunes seront conviés à sa table. Et à partir de là, tous se mirent à saluer normalement ces deux jeunes, même le maire, même le curé, même le préfet quand elle les leur présenta.

Quand Amatxi a fait son dernier voyage pour rejoindre l’amour de sa vie, là haut, dans ce Ciel qu’elle priait souvent, tout le village et tous les environs se sont murés dans le silence. L’Église était trop petite, plus remplie qu’un dimanche de Pâques. Tous étaient là. Les jeunes avaient quitté momentanément leurs études, le boucher, l’épicier, le tabac du village et ceux des environs avaient fermé leurs échoppes. Le Maire, le conseil municipal au grand complet, les sportifs, les fonctionnaires qui travaillaient à la ville, les banquiers, les musiciens, les paysans…. Tous. Il ne manqua personne. Le silence de ce jeudi ensoleillé fut un extraordinaire au revoir à cette grande Dame.

Ustaritz, un petit village du Pays Basque, le 8 janvier 2013

Pour une dette de 170 euros non payée par ses parents divorcés, une policière municipale reçoit l’ordre d’aller chercher la petite Léa, 5 ans, à la cantine. Cette policière a usé de tout le tact, de toute la douceur possible envers cette enfant, lui disant qu’elles se promenaient, lui offrant un sandwich, des bonbons, de l’amour…

Il faut savoir qu’être dans la police municipale est souvent un emploi lié à la précarité, à plus forte raison dans un petit village de 5000 habitants.

Ne pouvait-on pas laisser cette gosse tranquille, user de procédures telles que la saisie sur salaire ou l’appel à des huissiers?

Monsieur le Maire, vous êtes le responsable hiérarchique de la police municipale. Dans une si petite commune, un tel ordre a forcément été sinon donné par vous, au moins validé. Vous ne subissez pas une telle délinquance à en être débordé par toutes les actions de sécurisation de votre village, vous avez obligatoirement vu cette mission passer sur votre bureau.

Ne vous cachez pas derrière la gestion, les coûts financiers…. Un repas à la cantine coûtant à votre mairie trois euros environ, vous n’auriez pas mis l’équilibre financier de la commune en péril… et je ne parle pas du coût réel d’une intervention, nous ne sommes pas là pour faire de la comptabilité analytique!

Par contre face à la presse, vous n’assumez rien, vous vous réfugiez derrière la responsabilité (réelle j’en conviens) des parents et derrière cette policière qui n’a, elle, aucun droit de réponse.

Alors, vous qui avez la chance d’être un édile, un gouvernant, une personnalité, mettez un peu d’humanitude dans votre fonction. Je n’ose envisager que vous ayez suffisamment d’honneur pour démissionner face à cette erreur dont vous n’aviez pas mesuré la portée sur le psychisme de ces enfants.

Moi, je suis un citoyen. Qu’un citoyen, me répondriez-vous.

Mais j’ai une vraie certitude. Si Amatxi avait été là, elle aurait accueilli à sa table la petite Léa et la gentille policière.

Elle leur aurait offert son chocolat chaud.

Elle vous aurait regardé, bien en face, digne, fière.

Dans ses grands yeux très bleus, si bleus,  se refléterait la petitesse de votre manque de courage.

Monsieur le Maire, malgré vos bagages, vos connaissances, vos compétences, vous n’avez certainement jamais eu la chance de connaître une telle Dame.

Elle vous aurait beaucoup appris.

Moi, je l’ai connue.

J’avais des cheveux longs, un vieux cuir, des bottes de voyou.

Amatxi, c’était ma Grand-Mère…..

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7 réponses à “Ce bon chocolat chaud….

  1. Thérèse

    27 novembre 2013 at 21:08

    Tu as raison Jean, qu’il était bon le chocolat chaud d’amatxi Graxi!
    gros muxu de Garazi

     
    • Jean Bresac

      27 novembre 2013 at 21:45

      Merci Thérèse…. tu sais de quoi je parlais…. Muxus de Marseille, loin des yeux, pas du cœur..

       
  2. Vincent Eizaguirre

    22 août 2013 at 16:44

    Milesker Jean. Belle histoire.
    J’ignorais que tu étais urrunar…

     
    • Jean Bresac

      22 août 2013 at 16:51

      Merci Vincent…. d’être passé me « voir »… En espérant que cet espace saura te plaire. Amitié

       
  3. REGINA

    20 août 2013 at 12:03

    Bravo pour cette très jolie histoire. Bel hommage à une adorable Mamy.

     
  4. Nathalie

    7 avril 2013 at 10:11

    Mon Dieu, quelle belle leçon tout en belle comparaison… Et une chute si émouvante que vous pouvez être digne d’être le petit fils de votre magnifique grand-mère.
    En même temps, c’est l’époque qui voulait ça, nombreux avons nous été à avoir d’aussi bonnes grand-mères, je pense aussi à la mienne…
    Seul bémol qui me gâche un peu la lecture de
    cette histoire, c’est dommage de lire tant d’éloges sur la policière au milieu d’un si beau récit, aucun fonctionnaire

     
  5. nadia

    16 janvier 2013 at 08:55

    belle histoire….belle comparaison entre ces 2 époques…bravo à ta grand-mère au grand coeur !!!

     

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